Sécurisation d’un escalier intérieur

PROLOGUE

L’escalier est une pièce maîtresse de l’habitation, car il est le seul ameublement capable de relier deux étages. De ce fait, outre le respect des dimensions de la trémie et des hauteurs d’étages, il est nécessaire qu’il soit, si pas confortable à l’utilisation, sécurisant.

La sécurité à été le point d’orgue de toute la réflexion et du travail réalisé ici.

Suite à la rénovation de la maison, à l’ajout d’un système d’eau chaude sanitaire solaire et du chauffage central au mazout, il a très probablement été décidé de réaliser une gaine technique au premier étage de l’habitation, afin de passer les câbles électriques, tuyaux et autres éléments de façon sécurisée (on fore rarement dans un plancher) et facile.

Le problème est que de ce fait, une sur-épaisseur se créé : Elle était ici de 80 mm, du point haut de la marche palière (donc, ancien niveau 0) au point haut du parquet stratifié ajouté (donc, niveau 0). Ça créait alors une discontinuité dans les hauteurs de marches de l’escalier et un risque de chutes à l’utilisation de celui-ci.


RÉFLEXION SUR LA RÉALISATION

On est en présence d’une maison restaurée mais relativement ancienne, en témoigne la présence dans les murs de colombages et d’anciennes briques (probablement construire dans les années 1900). L’escalier quand à lui doit être un peu plus jeune, les limons sont en pitchpin (pin ponderosa) et les marches en hêtre; Elles ont été usinées à l’aide d’une toupie.

Il aurait été envisageable de démonter l’ancien escalier pour le remplacer, mais c’aurait été un travail très conséquent. La réalisation en elle-même d’un escalier n’est pas complexe, mais nous n’avions aucune idée de ce qu’on trouverait en dessous de l’ancien.

Sans la certitude de pouvoir « facilement » démonter l’escalier actuel et ne pas y trouver des produits à base d’asbeste-ciment (« amiante« ) ou autres problèmes structurels suite au démontage, j’ai préféré recouvrir.

La cliente souhaitait revenir au bois naturel, en plus des limons peints, j’ai donc orienté mon calcul sur cette base.


CALCUL DES ÉPAISSEURS À AJOUTER

Sachant que j’ai un jeu de 80 mm entre les marches et le point haut de l’étage, j’ai décidé d’étaler progressivement cette hauteur sur chacune des 12 marches à recouvrir que comporte l’escalier, soit :

Sachant cela il m’a suffit d’établir l’étalement des hauteurs progressivement (commençant par la 2ème car la marche de départ est en chêne) soit :

J’ai donc obtenu un tableau d’épaisseur totale à respecter comme suit :

Épaisseur totaleÉpaisseur MDF hydroÉpaisseur bois massif
1ère marche6,5 mm6,5 mm
2ème marche13,5 mm13,5 mm
3ème marche20 mm20 mm
4ème marche26,5 mm18 mm (18 mm)8,5 mm
5ème marche33 mm18 mm (18 mm)15 mm
6ème marche40 mm18 mm (18 mm)22 mm
7ème marche46,5 mm18 + 18 mm (36 mm)10,5 mm
8ème marche53 mm18 + 18 mm (36 mm)17 mm
9ème marche59,5 mm18 + 18 + 12 mm (48 mm)11,5 mm
10ème marche66 mm18 + 18 + 18 mm (54 mm)12 mm
11ème marche72,5 mm18 + 18 + 18 mm (54 mm)18,5 mm
12ème marche80 mm18 + 18 + 18 + 18 mm (72 mm)8 mm

Organisé comme suit pour mon débit pour correspondre à l’utilisation de MDF hydrofugé de 18 mm et de hêtre avivé pollmeier en 26 mm (23,8 mm) :

Épaisseur totaleÉpaisseur MDF hydroÉpaisseur bois massif
6ème marche22 mm1 x 1822 mm
3ème marche20 mm20 mm
11ème marche72,5 mm3 x 1818,5 mm
8ème marche53 mm2 x 1817 mm
5ème marche15 mm1 x 1815 mm
2ème marche13,5 mm13,5 mm
10ème marche66 mm3 x 1812 mm
9ème marche59,5 mm2 x 18 + 1 x 1211,5 mm
7ème marche46,5 mm2 x 1810,5 mm
4ème marche8,5 mm1 x 188,5 mm
12ème marche80 mm4 x 188 mm
1ère marche6,5 mm6,5 mm

CHOIX, TRI ET MISE À ÉPAISSEUR DES PIÈCES

M’étant basé sur du hêtre Pollmeier qui est trié et calibré après séchage, j’ai privilégié des pièces larges (giron + 20 mm) afin de ne pas avoir de collage dans mes marches. J’ai ensuite exécuté le débit en faisant bien attention aux épaisseurs requises.

J’ai débité toutes pièces aux dimensions suivantes :
Épaisseur commerciale;
Largeur : 220 mm ± 5 mm;
Longueur : 900 mm ± 5 mm;

Les pièces étant de largeur inférieures à 250 mm, j’ai pu passer le tout dans ma toute nouvelle raboteuse-dégauchisseuse Dewalt DS26300.

L’avantage de cette machine est la précision du réglage en hauteur de la table : Un tour équivaut à -2 millimètres, soit 1/4 de tour correspond à -0,5 millimètre.

Il suffit ensuite de vérifier chaque passage au pied à coulisse, jusqu’à obtenir les épaisseurs correspondantes au tableau.

Pour éviter les éclats sur de fines épaisseurs, j’ai réalisé des passes de 0,5 millimètres dès que l’épaisseur de la pièce à raboter était inférieure à 15 millimètres. Ça évite l’éclatement de la pièce et permet en outre une meilleure finition (et de là, moins de ponçage).


TRAITEMENT DE FINITION DES PIÈCES

Tandis que séchais l’huile de finition de Basin, Basin No visible oil HPU-5001, j’ai réaliser le collage des épaisseurs « de remplissage » à placer sous les marches de finitions, en fonction des épaisseurs nécessaires.

L’huile à été appliquée en deux couches sur chacune des faces simultanément, afin d’éviter au maximum les mouvements du bois. La couche finale sera appliquée sur les marches après placement.

J’ai d’abord appliqué le produit de finition au pinceau sur la face non-visible (= dessous) avant de la poser sur deux cales afin de permettre une évaporation du produit, afin de placer la finition sur la face visible qui elle restait complètement « à l’air« .

Enfin, j’ai usiné sur la face inférieure (non-visible) une battée de 15 x 4 millimètres.


PLACEMENT SUR CHANTIER

J’ai commencé par placer mes sur-épaisseurs sur les marches de l’escalier. En plus du collage (colle blanche D3), j’ai visé aux 4 coins avec des vis de longueurs suffisantes, à savoir :
6,0 x 100 mm;
6,0 x 80 mm;
5,0 x 60 mm;
4,0 x 40 mm.

Le chant des panneaux est situé à 15 millimètres du nez de la marche afin de recevoir, en pose collée, une contre-marche.

J’ai ensuite placé de la mousse polyuréthane de montage dans les interstices sur les côtés et à l’arrière des morceaux de MDF.

Pendant le séchage de la colle (6 à 12 heures à température ambiante), j’ai commencé le placement des couvre-limons destinés à récupérer la différence de pente. En effet, les marches n’étant plus alignées aux limons, ceux-ci était surplombé par les nez des dernières marches. J’ai donc reporté la sur-hauteur de la première marche à l’avant-dernière marche pour réaliser mes couvre-limons en MDF hydrofugé.

L’escalier était dès ce moment bien plus agréable à utiliser.

J’ai ensuite placé mes couvertures de marches selon l’ordre établi ci-dessus. Elles sont collées à l’aide de colle à parquet; Il s’agit d’un polymère permettant un jeu en dilatation/rétractation du bois.


FINITIONS

Après un ajustement au plus proche à l’aide d’un petit rabot et au ciseau à bois, j’ai poncé à l’aide de ma ponceuse Festool Delta DTS400 afin d’affleurer les nouvelles marches aux anciennes.

Enfin, j’ai rebouché les quelques ouvertures avec un mélange de liant à bois (Basin Basifon) et de farine de ponçage spécialement faire pour l’occasion (environ 25 cl pour l’ensemble de l’escalier, en 3 passes).

Le liant à l’avantage de se fondre naturellement dans le bois et d’être facilement traitable. Il peut remplacer les pâtes à bois à deux composants de type Alsibois. En adéquation avec un débit au plus proche des anciennes marches, c’était la manière la plus esthétique de réaliser la liaison entre le nez existant et la marche rapportée.

Les prochaines étapes seront le ponçage final avant traitement des marches, et mise en couleur des limons après enduit par une peintre.

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